Giulietta Effe

Giulietta Effe une création de Maria Fonzino
Giulietta Effe une création de Maria Fonzino
Giulietta Effe une création de Maria Fonzino
 
Certainement, un italianophone aurait-il ressenti la nécessité, pour avoir assisté à une représentation de Giuletta Effe, de s’interroger sur le nom de cette création théâtrale. Et, peut-être, à raison de suppositions diverses, ainsi que de l’absence d’une traduction fiable, pris le parti de le considérer comme une simple allusion ? Sa compréhension requiert que l’on cite les principaux intéressés, il s’agit de Giuletta Massina et de Federico Fellini ; nous invoquerons leur relation tendre et cruelle pour rendre compte de cette anagramme: l’intimité de leur couple occupe le centre de notre propos. Une création théâtrale, donc, dédiée plus particulièrement à Giuletta, à qui elle prête sa voix. Ce qui, d’emblée, revient à évoquer une prise de position : connaître leur histoire, c’est admettre que justice est faite. 
 
Pourtant, notre Charlie Chaplin au féminin n’est pas une inconnue. On pourrait s’en tenir à ses grands rôles, à des déclarations restées célèbres, en bref, tout ce qui se rapporte à la gloire, pour brosser son portrait (ce que, bien évidemment, le bon sens a voulu préserver tout au long de la trame). Pourtant, comme si ces instants de grâce ne pouvaient lui suffire, Maria Fonzino a voulu nous offrir un autre regard : son point de vue, intimiste, sous prétexte de tout montrer, ou, du moins, de montrer autrement, rend parfaitement compte de ces vérités qui reposaient dans l’ombre unanime du cinéaste.
Un monologue sur le vif, dirons-nous, car celui-ci n’est pas le seul fait d’une mourante qui étouffe le souvenir dans la douceur. Maria Fonzino a choisi d’exposer la femme sans artifice, tour à tour triviale, angoissée et ardente. En effet, Giuletta effe est une remarquable fable temporelle, une introspection féconde dont l’originale mise en scène repose sur les arts du cirque comme vecteurs de l’expressivité. Mime, clown, marionnettiste ou encore danseuse pour servir un théâtre aux accents dramatiques, Maria Fonzino s’est montrée poignante en abordant le désespoir avec humour mais aussi l’amour avec la résignation d’une sainte meurtrie par l’inconstance de sa divinité. La référence à l’univers fellinien se fait d’autant plus évidente que les saxophonistes Bruno Brochet et Benoît Ruault lui empruntent son ton en resserrant le cadre autour de Giuletta : il en ressort une sorte de tempérament propre à la création, qui pourrait être, contradictoirement, aussi bien qualifié d’ironique que de solennel. Ce méli-mélo de reviviscences poétiques est critique et essentiel. 
Ajoutez à cela, le verbe, remarquablement mis à contribution, qui tient, en de fortes proportions, à ce cynisme dont les écorchés vifs savent faire leur superbe. Un verbe, dirons-nous, auxquels les qualités de l’écriture confèrent de belles habiletés : un humour féroce, de plaisantes fantaisies, un pathos plutôt élégant, portés par une femme exemplaire ; en clair, une sincérité bien mise en forme. Si bien que l’on pourrait, en définitive, se laisser aller à penser qu’il s’agit de la construction d’un être idéal.
Cette création peut-elle se réclamer de la valeur exclusive du témoignage ? Une fable, donc - qui, je le précise, est très bien documentée et donnerait presque l’impression de la réalité. Pour autant, ne retenons pas seulement le personnage de Giuletta que Maria Fonzino a évidemment privilégié : « On m’a toujours dit que je lui ressemblais », s’est-elle expliquée au public, mais aussi, ponctuant d’interventions autant que nécessaire, celui de Federico. Un époux absent, imbuvable, coureur de jupons et hypocondriaque interprété en duo avec Bruno Brochet. On pouvait s’y attendre. A charge contre Fellini, pourrait-on en penser de Giuletta Effe, comme de toute œuvre à visée biographique, qui, distribuant ses faveurs, encourt toujours le risque de se formaliser à une simple de vue de la réalité qui n’est autre que celle de l’imagination. Pourtant, n’est-ce pas là une juste rétribution à l’égard de Fellini qui, éclairant de ce fait son rapport complexe à la femme, lui a confié le rôle d’épouse abusée, trompée, ou encore de prostituée ? L’image est tout de même saisissante, retenez-là : à l’heure de sa mort, courbée par le chagrin, Giuletta interpelle un certain Federico, toujours jeune, calme assis qui semble l’ignorer, comme possédé par un rêve.  Giuletta s’effondre, sans même avoir pu prendre place à ses côtés.  
 
Sincère et émouvant, Giuletta Effe est bien loin de la douce vie imaginée. Maria Fonzino nous a offert une œuvre authentique, laquelle, pourra être jugée appréciable lorsque l’histoire se montre à ce point parfaitement acquise aux grands hommes. Une création théâtrale engagée en ce sens, et exigeante, s’adressant à tout public, «un art d’élite qui a pour vocation d’être populaire », pour reprendre ces quelques mots de l’auteure et interprète qui est parvenue à l’exercice délicat de faire converger les intérêts.
 
 
GIULIETTA EFFE
Création théâtrale dédiée à Giulietta Masina et à Federico Fellini
Représentations exceptionnelles, le jeudi 24 et vendredi 25 avril.
Maria Fonzino : actrice et auteure, accompagnée de Bruno Brochet et de Benoît Ruault, saxophonistes, à l’espace culturel et résidence d’artistes La Brêche (Aubervilliers).  
 
 
 
Mehdi Belhouaïchat
 
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