abécédaire à rebours – W comme Woman

 Abécédaire à rebours

 
 
 

- Inna Shevchenko _ W comme Woman

 
 

 

L’image féminine avec laquelle l’homme a
interprété  la femme a été une invention bien à lui.
Manifeste de Rivolta femminile.
 
A woman left lonely, she’s the victim of her man, yes she is.
When he can’t keep up his own way, good Lord,
She’s got to do the best that she can, yeah!
Janis Joplin – Woman left lonely
La conscience du désir et le désir de la conscience sont identiquement
ce projet qui, sous sa forme négative, veut l’abolition des classes,
c’est-à-dire la possession directe des travailleurs sur tous les moments de leur activité.
Son contraire est la société du spectacle,
où la marchandise se contemple elle-même dans un monde qu’elle a créé.
Guy Debord- La société du spectacle

 
 
 
Pourquoi Les Femen?
 
 

Face à la schizophrénie du système capitaliste, les Femen fixent des points.
Elles posent ses limites, en se lançant face à leur objectif ou ‘ennemi’, elles baissent  vers une horizontalité le bout de la pyramide du pouvoir pour montrer ses droits et ses expressions de liberté. Cette force antagoniste est représentée par leurs slogans et constitue la limite d’un seuil à ne pas dépasser.
Cet oxymore qui fait du dispositif performatif exploité par le groupe une sorte ‘d’émancipation de l’opprimé’ permet aux Femen de se donner le droit de dire que ça ne va plus. L’expression de leur subjectivité leur donne le droit de réagir, de sortir vers l’extérieur avec leur propre désir et de l’exprimer. Elles ont l’air d’avoir compris les problématiques liées à la femme, à son image et au militantisme qui faisaient déjà partie des mouvements féministes du passé, particulièrement des années 70′,***  et desquels elles prennent de la distance pour constituer un groupe mais aussi un dispositif totalement innovant, performatif et détourné.

La revendication des droits est le sujet principale du travail apporté par le mouvement.

Les Femen conjuguent le travail intellectuel et féministe avec celui de l’occupation de la ville. Cette revendication constitue ce que Henry Lefebvre a appelé ‘Le droit à la ville’. C’est le droit d’occuper un espace à l’intérieur du texte social de la ville avec sa propre histoire, former les conditions pour laisser aux différentes pratiques de liberté de trouver un espace conforme à ses propres stratégies.
C’est la possibilité de reformer les symboles qui animent la ville, de repenser les lieux sociaux comme des espaces de plaisir, dans un continuum pour exprimer sa propre subjectivité finalisée à la construction d’un ‘commun’. C’est le droit d’occuper la rue, les lieux abandonnés, les places publiques, à se montrer fier d’être défenseur d’une minorité qui trouve ses conflits et ses fascinations dans l’urbain.
Cet acte participatif rend les activistes, leurs réseaux, les gens qui les suivent et la ville  les créateurs de cette transformation, de la société et de ses désirs.

Depuis septembre dernier, les activistes ukrainiennes ont ouvert un camp d’entrainement mais aussi de discussion dans la ville de Paris, au Lavoir Moderne.
Le fait d’inscrire le mouvement, née en Ukraine en 2008, dans une autre ville, apporte d’autres problématiques, forces, et questionnements autant de l’intérieur de Femen que vers l’extérieur dans la société parisienne.
D’abord il y a la confrontation avec la culture française, son passé et son histoire politique, et les pratiques modernes de contrôle et de contestation.
Puis il y a la confrontation avec les autres mouvements féministes.
L’aspect performatif du groupe, qui se jette les seins nus face aux représentants du système patriarcal, avec des slogans écrits sur le corps, et leur rapport et présence avec la presse, a créé des frictions avec certains groupes féministes qui accusent les Femen d’exhibitionnisme, de manque des valeurs, ou de montrer le corps de la femme d’une façon provocante.

C‘est vrai que les pratiques adoptées par les Femen provoquent une rupture avec les habitudes et vers certaines formes de ‘consensus’ développés par les mouvements politiques. Pour commencer je dirai que la première rupture se trouve dans l’utilisation de la privacy. Chez les Femen ce n’est plus un secret d’être militante. Alors que l’appartenance à un groupe politique indépendant, ou anarchiste, a toujours été quelque chose pour lequel il fallait préserver un espèce de silence protecteur des  idées et des membres participants.
Quand les mots sont de trop,  parfois suffisent des regards entre camarades pour se comprendre…voilà que les filles qui adhérent et qui médiatisent leur image pour publiciser les actions et les slogans des combats, sur les sites et les réseaux sociaux, sont conscientes de ce que la société du spectacle peut leur apporter. Des journalistes les filment dans chaque action, la presse imprimée en plein crise économique se retrouve à publier des images de femmes à moitié nues, un scandale presque confortant qui met tout le monde d’accord, les journaux les plus prestigieux et sérieux, les ventes et les lecteurs.

Ce lien avec les relations spectaculaires, vise à changer l’image du féminisme.
Les Femen ne cherchent pas à séduire mais plutôt à contredire, elles mettent en pose la nudité féminine avec une image de force, de rébellion. En pratiquant un détournement elles utilisent la société du spectacle selon leurs envies et selon les manifestations de leurs actions. Le faits d’être sur plusieurs revues et magazines leur permet d’arriver à un vaste public formés par des teen-agers comme par des femmes plus âgées.
Cette utilisation des mass media a crée des agencements, qui par une sorte de synesthésie ‘des classes’, a influencé d’autres femmes et formé d’autres groupes Femen dans le monde, comme au Brésil, en Allemagne,  en Tunisie etc…

D‘ailleurs comment se définit une féministe?
Lorsque nous limitons toutes les figures du féminisme nous arrêtons un processus en cours, nous perdons des traces et des formes de vie. Nous les femmes, nous coupons la voix à d’autres qui ont besoin de prendre la parole. Et ‘Dieu’ sait combien de temps il faut, pour certains et certaines de prendre (mais aussi inscrire) l(s)a parole dans ce monde…

C‘est ce point qu’il est intéressant de comprendre ; comment les différentes pratiques subversives et comment les formes de contestations  sont proportionnelles au régime de contrôle exercé par la biopolitique.
Pourquoi une femme en Ukraine pour prendre la parole doit se montrer les seins nus? Pourquoi en Russie une femme pour prendre la parole doit se mettre un cagoule  et se protéger derrière une guitare électrique?
Les réponses offertes par les pratiques de ces groupes féministes montrent une extrémisation du dialogue. La provocation s’installe pour faire surgir les contrastes existants, pour répondre à une primitivité de la pensée avec des dispositifs qui utilisent vers du pouvoir une forme de combat frontale et dérisoire.
L’utilisation de ces dispositifs permet de déterritorialiser le conflit.

En ce moment avec des groupes internationaux comme les Pussy Riot et les Femen on voit encore une fois changer le positionnement de la pratique créative-politique-artistique. Ces groupes qui commencent à travailler à l’intérieur de leur territoire, provoquent avec l’aide et la viralité d’internet, une déterritorialisation. Leurs luttes  se transforment en performances et s’élargissent partout. Le ‘public’ qui regarde les actions peut en devenir lui même ‘performeur’, un militant potentiel, et s’unir dans la construction d’un réseau de connaissances et de formation d’idées, ainsi que de pratiques politiques, subversives et artistiques.

C‘est pour cela que il faut regarder ces mouvements, surtout ceux qui viennent de naitre, avec une forme de bienveillance.
Il faut imaginer Femen France comme un Laboratoire où engagements, problématiques, et pratiques liées à la femme se rencontrent.
Tout est en train de se faire et tout se fait selon les gens et les énergies qui sont présentes sur le moment.  Chaque singularité vigilante promet et apporte des constructions qui accompagnent quotidiennement vers la création d’actes politiques que l’on aime remettre à la ville et partager.

L’être activiste féministe implique d’abord appartenir à un ‘être femme’.
Être femme c’est un devenir qui implique des transformations.
Les Femen, présentes dans ce processus, forment des énoncés  pour transformer la condition de la femme.
La revendication des droits politiques que les activistes manifestent comme des événements dans le ‘texte social’ radicalisent la transformation de la société; élèvent les questionnements, les abysses et les sympathies vers un corps à corps producteur d’existences émergentes et d’expérimentations débordantes des signes, des flux et des désir  d’un monde qui avance pour le ‘commun’.

Lien de la video W-comme Woman

https://vimeo.com/57789197

Merci à:

La Villa du Lavoir
Quentin Boëton
Maud Serrurier
Will B.
François Poyet
Hélène Djanaeff

Abécédaire à Rebours _ W comme Woman
durée 6′:14” //sous-titré en français
Lumière et Photos: Hugues Lawson Body
Montage: Experientia Sive Praxis
Paris décembre 2012

***Voici un exemple d’un texte qui date 1976 « En excluant l’agressivité tout est maintenu pur à la surface, même si à l’intérieur de nous, parmi nous, en profondeur quelque chose devient de plus en plus menaçant : ce qui reste en dehors ne serait-ce  pas par hasard quelque chose de réprimé et d’interdit depuis toujours aux femme ? Les femmes sont tendres, tout le monde le dit, devons-nous écouter ce que dit tout le monde ou bien ce qui se passe de nouveau et d’extravagant entre nous ? » Tiqqun, Tout a failli, vive le communisme ! La fabrique éditions Mayenne 2009 p.143

Suivez nous sur Twitter @EdChemin

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